L'amitié argentine de René Char

L’amitié argentine de René Char

Capture d’écran 2014-06-27 à 00.00.01Ce petit livre est un éclat de ce que l’histoire littéraire peut produire de plus beau et de plus ardent. L’amitié. À l’heure de la communication instantanée, comment imaginer que deux poètes que sépare l’océan Atlan­ti­que et qui ne se rencontreront quasiment qu’une seule fois dans la petite maison de René Char près de L’Isle-sur-la-Sorgue puissent prendre le temps, durant presque trente ans, de guetter, mois après mois, une lettre de l’autre?


Raul Gustavo Aguirre est un jeune écrivain argentin qui a décidé de créer, envers et contre tout, la revue Poesia Buenos Aires avec un groupe d’amis et de poètes au cœur d’une Argentine dévorée par les dictatures militaires. Une revue qui est « en rébellion ouverte contre les présupposés formels de la poésie » à une époque où la poésie se cherche une issue après la fulgurante comète du surréalisme. Aguirre veut trouver le passage, « l’action poétique, hors de nous, à l’intérieur de nous ». La poésie de René Char, l’homme lui-même, incarnent pour cette jeune génération une sorte d’exemple parfait de cette confrontation entre la parole et la vie. Les poèmes de Char creusent des énigmes au cœur d’un lyrisme qui a gardé la trace de la flamboyance surréaliste en rencontrant le réel. Aguirre veut traduire ces poèmes en langue espagnole. Il écrit au poète dont il salue la « présence sur terre, bonté fluviale, confirmation de l’homme ». Il craint de lui parler de son œuvre, il s’inquiète « de la perdre en la touchant ». Mais la fraternité de Char, sa manière de ne poser aucune frontière entre son travail d’écriture et la rédaction de ses lettres, fait de cette correspondance une parole qui court sans cesse, même dans ses silences. Les mots d’Aguirre sont « un coquelicot sur l’été ». Dans une autre lettre, Char écrit à Aguirre: « Nous sommes une étincelle à l’origine inconnue qui incendions toujours plus avant. »


Au bout de presque trente ans, ils se rencontreront pour de vrai. Aguirre et sa femme viendront en France, aux Busclats. La rencontre entre les deux poètes est à la hauteur des mots qu’ils ont partagés. « Notre séjour chez vous est déjà pour toujours l’un des plus beaux souvenirs de notre vie…, joie de vous voir en pleine et vivante disponibilité.