Armel Guerne, dans le secret de la poésie

Armel Guerne, dans le secret de la poésie

Disparu en 1980, poète et traducteur de Rilke, Novalis et Hölderlin, Armel Guerne évoquait dans cette méditation les racines intérieures de la poésie et la vocation spirituelle

« Sur un vaisseau qui fait naufrage, la panique vient de ce que tous les gens, et surtout les marins, ne parlent obstinément que la langue des navigations; et nul ne parle la langue des naufrages. » Ainsi débute Le Verbe nu, un recueil de textes de l’écrivain et traducteur, Armel Guerne. Né juste avant la Première Guerre mondiale et mort en 1980, il aura traversé le siècle étreint par un sentiment d’urgence absolue. Hanté par la fin des temps, habité par la nécessité de « méditer sur le verbe, secrètement, pour le salut de l’âme et l’honneur de l’esprit », c’est ainsi qu’Armel Guerne a vécu sa vie d’homme. Et cette tâche, elle a pour nom « littérature, » ou plutôt « écriture ». Une écriture flamboyante, puisée à la même source que celle d’un Bernanos, l’ami admiré, ou d’un Léon Bloy. Albert Béguin, un immense connaisseur du romantisme allemand, écrivit: « Parce que Guerne ressemble aux deux maîtres qu’il avoue (…), il sera sans doute condamné à être comme eux un solitaire. »

Marqué par les guerres du XXe siècle, il voit la vie comme un combat spirituel. « C’est la guerre universelle et ultime, qui a son lieu au-dedans de tout homme et engage la responsabilité de chacun », écrit Sylvia Massias, qui a établi et préfacé Le Verbe Nu. Et pour nous aider dans ce combat, nous soutenir, Armel Guerne explore les textes qui lui semblent fondateur, les poètes, les romantiques allemands et Hölderlin, car « la poésie de Hölderlin ne repose pas sur nous, ne s’appuie pas sur nous. Ses abîmes sont ceux d’en haut et son unique vertige est celui du ciel ». Et ­Armel Guerne poursuit: « Or, quelles que soient les voies connues et inconnues, la pensée humaine en son langage humain est une oxydation: de l’infini, de l’éternité ou des choses. Une oxydation du bonheur. »

Le poète, le traducteur sont deux visages d’une même recherche. Guerne a traduit des textes magnifiques d’écrivains non seulement allemand mais également japonais, anglais, tchèque… Il traduit en cherchant la vérité du texte, en allant au plus profond de la langue de l’autre. « Le génie de la poésie occidentale retourne à l’image, en vérité, alors que la pensée chinoise procède de l’image », écrit-il dans un raccourci qui montre son « génie » de la langue de l’autre. Ainsi sa très belle traduction du Nuage de l’inconnaissance, œuvre d’un mystique anglais du XIVe siècle. Ou bien des œuvres complètes de Rilke. Rilke dont il traversa les textes dans tous les sens, celui qu’il aima d’abord profondément, mais dont il perçut qu’il avait mal traversé le XXe siècle. Comme si les guerres avaient laminé « l’œuvre tendre de Rainer Maria Rilke ».

Le Verbe nu, c’est une quête acharnée et passionnée de la vérité. Et de la poésie entendue comme une révélation, car « le vrai mystère de toute poésie, c’est que le poète est en nous; l’autre, celui qui parle, ne parle pas; ce n’est pas vrai: ce n’est pas lui, mais la Parole ». Et le poète devient celui qui va « ouvrir dans l’invisible les grandes avenues de l’espoir ».

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